
Le paradoxe du recul… que j’ai mis longtemps à comprendre dans toutes ses nuances.
Aujourd’hui encore, je ne suis jamais aussi fort, jamais aussi lucide et solide que dans l’arène. Quand ça bouge, quand on tranche, quand on exécute : mon moral est au sommet. L’action fait taire le bruit mental. Elle valide mon utilité, elle donne confiance. Je suis réputé pour tenir la barre.
Dès que le mouvement s’arrête, le doute s’engouffre.
L’inaction n’est pas un repos, c’est souvent une épreuve psychologique. Sans le frottement du réel, mon esprit s’emballe, analyse les risques jusqu’à l’absurde et mon moral.peut chuter selon mon degré d’activité. C’est ma « faiblesse » : ce besoin viscéral de transformer la pensée en faire, ne pas devenir inutile.
On vous vend souvent le consultant comme un bloc de certitudes, une machine à diagnostics froide et infaillible. Mais derrière cette façade, il existe une réalité plus humaine, plus brute, que je partage avec beaucoup de dirigeants : notre moral est l’esclave de notre rythme.
Mon métier de consultant m’impose ce supplice : savoir ne rien faire.
Du moins en apparence car Le recul, ce n’est pas de la paresse, ni ne rien faire réellement. C’est une décision tactique :
– Savoir s’arrêter pour laisser votre organisation décanter.
– Savoir s’effacer pour laisser vos équipes prendre leur place.
– Savoir observer les signaux faibles que l’agitation camoufle.
Pour être pertinent, je dois m’arrêter pour prendre du recul, laisser décanter la complexité et laisser les choses se faire sans intervenir. Et ce même quand je peux entrevoir parfois le Futur
je dois gérer en permanence deux éléments :
– L’Inaction stratégique : C’est le moment où l’on observe, où l’on attend que le système réagisse. C’est là que se forge la vision de long terme.
– L’Inconfort du vide : Durant ces phases, mon moral baisse. Le doute frappe à la porte. La tentation de « faire pour faire » — pour se rassurer — est immense.
La plupart des erreurs stratégiques naissent de notre incapacité à gérer cette fluctuation morale. On agit parfois par peur de l’inaction, ou on reste immobile par peur de se tromper.
Mon rôle est de naviguer dans les zones de haute pression comme les zones de basse pression:
– Accepter le doute lors des phases de recul pour ne pas prendre de décisions impulsives.
– Déclencher l’action dès que la vision est claire, pour retrouver cette confiance qui nous rend imbattables.
Ma valeur ajoutée n’est pas dans une boîte à outils magique, une IA ou autre formule miracle.
Elle est dans le fait quen tant qu’entrepreneur je comprends ces fluctuations autant que vous les vivez.
Elle est dans ce discernement : savoir quand je dois être le moteur qui entraîne tout sur son passage, et quand je dois avoir la force psychologique de rester inactif pour laisser votre organisation trouver son propre équilibre.
La confiance n’est pas l’absence de doute, c’est la capacité à piloter le mouvement malgré lui.
Cedric DELAUMENIE
En complement de cet article les commentaires de Pierre Moyen
Pierre Moyen • 1er
Lead Enterprise Architect & Ecosystem Architect. To integrate the 3 worlds of Data
L’action, seule, a la force du mouvement, mais sans recul elle peut emporter l’être dans un élan aveugle, jusqu’au mauvais cap. Le recul, seul, affine le regard et éclaire l’horizon, mais sans passage à l’acte il demeure une sagesse suspendue, pure théorie sans prise sur le réel. Entre la boussole et le radar, entre la roue qui tourne et le regard qui scrute, se dessine l’exigence d’un équilibre vivant. Car c’est seulement lorsque la pensée éprouve le monde par l’action, et que l’action accepte d’être corrigée par le recul, que la justesse devient possible.
Prendre du recul commence par ralentir : retrouver du calme pour laisser retomber le bruit de l’action et entendre à nouveau ce qui compte. La marche aide beaucoup, surtout dans la nature, parce qu’elle remet le corps en mouvement et ouvre l’esprit à une pensée plus libre, plus créative. Il faut aussi accepter de se remettre en question, sans orgueil, en discutant modestement avec d’autres pour éprouver ses certitudes. Multiplier les points de vue permet d’éviter l’enfermement dans une seule lecture du réel. Face à la complexité, une approche systémique aide à voir les liens, les effets indirects et les équilibres cachés.
La curiosité est essentielle : elle pousse à explorer, à comparer, à accueillir l’imprévu, et même la sérendipité, ces trouvailles fécondes que l’on ne cherchait pas.
Prendre du recul, au fond, c’est créer les conditions intérieures et extérieures pour penser plus juste avant d’agir mieux. Pierre Moyen. 🙌